Février 2026
LE POINT DE VUE DU CIO
L’événement le plus important du mois a sans aucun doute été le Forum économique mondial de Davos, au cours duquel nombre de dirigeants ont formellement reconnu que le monde était entré dans une nouvelle ère où les États-Unis ne joueraient plus le rôle de guide, ayant choisi de s’orienter vers l’isolationnisme. Dans les jours entourant le forum de Davos et en pleine crise du Groenland, nous avons vu successivement les Premiers ministres canadien, finlandais et britannique se rendre à Pékin pour réparer leurs relations avec l’Empire du Milieu, tandis que la présidente de la Commission européenne se rendait à New Delhi pour signer un nouvel accord de libre-échange qu’elle a qualifié de « mère de tous les accords ». Cela s’est produit seulement quelques jours après que la Commission a conclu un autre accord, cette fois avec la Chine, sur l’importation de véhicules électriques chinois.
Le thème central de toutes les discussions a été le même : comment recréer, le plus rapidement possible, un nouvel ordre mondial dans lequel toutes les formes de barrières, y compris les droits de douane à l’importation, seraient supprimées afin de compenser la perte des États-Unis en tant que partenaire de libre-échange. Mark Carney, le Premier ministre canadien qui a prononcé le discours le plus éclairant à Davos, a déclaré que son objectif était d’augmenter de 50 % les exportations canadiennes vers la Chine d’ici 2030, le pétrole figurant en tête de liste. En contrepartie, il annulera tous les droits de douane sur les véhicules électriques chinois, dans la limite d’un certain quota. Il est possible que ce forum de Davos soit analysé par les historiens comme le point de départ d’une nouvelle ère de mondialisation, cette fois sans les États-Unis. De nombreux commentateurs ont souligné que le principal bénéficiaire de ce forum avait été la Chine.
L’une des victimes du forum de Davos a été le dollar américain, qui a entamé une correction alors même que les réunions se tenaient et que les discours étaient prononcés. Le déclencheur a peut-être été la question du Groenland, les incertitudes concernant l’indépendance future de la Fed à l’approche du remplacement de son président, ou encore l’annonce faite le 20 janvier par le fonds de pension danois AkademikerPension de sa sortie du marché des bons du Trésor américain. La baisse du dollar s’est accélérée lorsque Donald Trump a déclaré « Je trouve cela formidable » lorsqu’on l’a interrogé à ce sujet. L’indice du dollar a atteint son plus bas niveau en cinq ans le 27 janvier, avant d’amorcer un léger rebond. Il a finalement terminé le mois en baisse de seulement 1,35 %, mais a reculé de 3,2 % entre son plus haut et son plus bas sur le mois.
Le fonds de pension danois n’est certainement pas le seul à réduire ses avoirs en bons du Trésor américain : la PBoC, la banque centrale chinoise, a diminué ses positions de 11% entre novembre 2024 et novembre 2025 (dernier chiffre communiqué par le Trésor américain), à 682 milliards de dollars. À son pic, en novembre 2013, elle détenait 1320 milliards de dollars de bons du Trésor américain.
Les incertitudes mondiales ont été pleinement mises en lumière lors du forum de Davos. Combinées à une correction soudaine et marquée du dollar, elles ont propulsé l’or à des niveaux sans précédent à un rythme accéléré, avant une correction le dernier jour du mois. À son sommet atteint le 28 janvier, l’or affichait une hausse depuis le début du mois de 25,4 %, et l’argent de 62,8 %. Au-delà de la pure spéculation de certains hedge funds et investisseurs particuliers prenant des positions à effet de levier, l’un des principaux moteurs de cette envolée a été le mouvement des banques centrales, qui se détournent des bons du Trésor américain pour accroître leurs réserves d’or. Selon les dernières statistiques du FMI, la part de l’or dans les réserves totales des banques centrales s’élève à environ 30%, contre 14% il y a deux ans. À l’inverse, leurs réserves en dollars ont diminué de 50% à 40% sur la même période.
Comme toujours, les marchés émergents ont bénéficié de la faiblesse du dollar : l’indice MSCI Emerging Markets a progressé de 8,8 % en janvier, sa meilleure performance depuis novembre 2022. Parmi les marchés émergents, la Corée a, une fois de plus, été la grande gagnante, avec un indice Kospi en hausse de 24 % en janvier, suivie de Taïwan, en hausse de 10,7 %. Ces performances impressionnantes ont été entièrement portées par les « pelles et pioches » de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire les fabricants de semi-conducteurs et leurs chaînes d’approvisionnement.
Nous avons évoqué l’Indonésie à de nombreuses reprises au cours de l’année écoulée, car nous assistons malheureusement à la plongée du pays dans le désordre politique et économique sous la direction incompétente de son nouveau président Prabowo Subianto, ancien général qui ne cache pas son admiration pour son beau-père sanguinaire, le défunt dictateur Suharto. Aux difficultés liées à l’affaiblissement de la monnaie et à l’envolée du déficit budgétaire provoquée par des mesures populistes que le pays ne peut se permettre, MSCI a pris la décision sans précédent de cesser d’ajouter des valeurs indonésiennes à ses indices et de menacer de rétrograder le pays du statut de « marché émergent » à celui de « marché frontière » s’il ne relevait pas le seuil minimal de flottant requis pour toute société cotée et n’obligeait pas les entreprises à divulguer l’identité de leurs bénéficiaires effectifs ultimes (UBO). En l’état actuel, la réglementation indonésienne impose un flottant minimum de 7,5% pour qu’une entreprise soit cotée en bourse. Non seulement ce seuil est le plus bas d’Asie, mais il est de notoriété publique qu’il n’est même pas appliqué, les parties liées et les riches « amis et famille » étant généralement classés comme actionnaires minoritaires tiers. En l’absence de réaction du régulateur, l’Indonésie risque de voir la plupart des gestionnaires d’actifs internationaux — du moins ceux qui ne peuvent détenir des actifs de marchés frontières — quitter le marché. L’annonce de MSCI a entraîné une chute de 10% de l’indice composite de Jakarta en deux jours, la plus forte depuis 1998. Nous n’avons plus aucune exposition à l’Indonésie depuis février 2025.
La forte performance des marchés d’Asie du Nord au cours des douze derniers mois a eu un impact réel sur les indices suivis par la majorité des gérants et de leurs clients : Taïwan représente désormais 24,0 % de l’indice MSCI Asia hors Japon, à égalité avec la Chine, tandis que la Corée en représente 17,8 %. Fin 2024, Taïwan, la Chine et la Corée affichaient des pondérations respectives de 22,1 %, 25,8 % et 10,1 %. Autrement dit, la pondération de la Corée dans le principal indice des marchés émergents a augmenté de 76 % en un an !
COMMENTAIRE DU GERANT

Ce fut un mois extraordinaire à bien des égards. Nos portefeuilles ont directement bénéficié de l’exposition que nous avons aux sociétés minières chinoises d’or et de cuivre (Zijin Mining, Zijin Gold et Zhaojin Mining), alors que l’or et le cuivre ont progressé respectivement de 13,3 % et 4,3 %. Comme tous les investisseurs présents sur les marchés émergents, nous avons également profité de la récente faiblesse du dollar, et nous avons tiré parti de l’augmentation de l’exposition des gérants mondiaux à la Chine après que JP Morgan a relevé sa recommandation sur le pays à « Surpondérer ». Il n’y a pas si longtemps, la même banque qualifiait pourtant la Chine « d’ininvestissable ». Le pivot géopolitique observé à Davos, s’éloignant des États-Unis au profit de la Chine, a très certainement contribué à cette dynamique.
Ensuite, tout a tourné autour de notre exposition aux « pelles et pioches » de l’industrie de l’IA, à savoir TSMC, le plus grand fabricant mondial de puces logiques, Samsung Electronics, le deuxième fabricant mondial produisant à la fois des puces logiques et des puces mémoire, et SK Hynix, le premier fabricant mondial de mémoires. Cette exposition passe également par leurs chaînes d’approvisionnement respectives : Suzhou TFC en Chine, qui fournit des modules de communication pour les serveurs Nvidia ; Chroma à Taïwan, qui fournit des équipements de test de puces ; et Park Systems en Corée, qui vend à TSMC et à Samsung Electronics des microscopes à force atomique utilisés pour le contrôle qualité des semi-conducteurs, ainsi que des équipements de maintenance pour leurs machines d’ultraviolet extrême (EUV) fournies par ASML aux Pays-Bas.
Récemment, nous avons commencé à investir dans la chaîne d’approvisionnement des centres de données, en nous concentrant plus spécifiquement sur la pénurie actuelle d’approvisionnement énergétique, en particulier aux États-Unis. Nous avons ajouté une exposition à Sungrow Power Supply, le plus grand fabricant mondial d’onduleurs photovoltaïques et le deuxième fournisseur mondial de systèmes de stockage d’énergie (ESS), derrière Tesla. L’angle d’investissement repose sur le besoin croissant des centres de données de réguler leur approvisionnement énergétique grâce à des batteries sur site de grande capacité. Nous avons également ajouté une exposition à Kaori Heat Treatment, à Taïwan, un fournisseur de premier plan de dispositifs de refroidissement liquide pour les centres de données, et l’unique fournisseur d’échangeurs thermiques (également appelés « hotboxes ») pour Bloom Energy, une société américaine qui fournit aux hyperscalers une solution unique d’approvisionnement énergétique : les piles à combustible à oxyde solide (SOFC), qui transforment le gaz naturel et l’hydrogène en électricité, sans combustion et sans eau.
Notre exposition à l’IA est portée par l’augmentation continue des budgets d’investissements (capex) des hyperscalers et par leur besoin croissant de capacités de calcul massives. Les quatre plus grands hyperscalers (Meta, Alphabet, Amazon et Microsoft) prévoient désormais de dépenser 480 milliards de dollars de capex en 2026, contre 360 milliards en 2025. Les derniers chiffres publiés par les entreprises auxquelles nous sommes exposés, ainsi que leurs prévisions pour l’année à venir fondées sur leurs carnets de commandes, indiquent tous une année 2026 très solide, en corrélation directe avec la hausse des budgets de capex de ces hyperscalers. Nous avons même appris que la demande pour les puces mémoire haut de gamme (les fameuses HBM3, et bientôt HBM4) produites par SK Hynix est telle que l’entreprise demande à certains de ses clients de financer une partie de ses propres investissements en capital en échange d’une allocation garantie de capacité de production. Du côté des puces logiques, afin de satisfaire un carnet de commandes toujours plus fourni, TSMC a annoncé que son budget de capex pour 2026 se situerait entre 52 et 56 milliards de dollars, contre 41 milliards en 2025.
L’impact de ces chiffres sur les indicateurs macroéconomiques est très visible : au troisième trimestre 2025, les exportations de Taïwan vers les États-Unis ont augmenté de 61 % en glissement annuel. Au quatrième trimestre, la hausse s’est encore accélérée pour atteindre +150 % en glissement annuel, un record. En conséquence, l’excédent commercial de Taïwan a atteint 157 milliards de dollars en décembre 2025, soit trois fois plus qu’il y a trois ans, là encore un niveau record.
PORTEFEUILLE CHINE
La valeur nette d’inventaire par action de La Française JKC China Equity a augmenté de 5.9% en janvier, alors que l’indice MSCI China gagnait 5.0%.
La position de trésorerie du fonds s’élevait à 5.7% à la fin du mois.
Les meilleures performances du fonds ce mois-ci ont été réalisées par Zijin Gold International (+49,2 %), China Life (+27,0 %), Kuaishou Technology (+24,9 %), Suzhou TFC (+23,0 %) et Alibaba (+18,1 %). Les moins bonnes performances ont été celles de Trip.com (-13,3 %), Sungrow Power (-11,2 %), PDD (-10,9 %), Xiaomi (-10,0 %) et Zhejiang Sanhua (-8,4 %).
En janvier, nous avons réduit notre exposition à Xiaomi et Tencent Music, tandis que nous avons augmenté notre exposition à Suzhou TFC. Aucun nouveau titre n’a été ajouté au portefeuille.
PORTEFEUILLE ASIE
La valeur nette d’inventaire par action de La Française JKC Asia Equity a augmenté de 11.1% en janvier, tandis que l’indice MSCI Asia ex-Japan gagnait 8.2%.
La position de trésorerie du fonds s’élevait à 4.7% à la fin du mois.
Les meilleures performances du fonds ce mois-ci ont été réalisées par Zijin Gold International (+49,2 %), Park Systems (+45,1 %), SK Hynix (+39,5 %), Samsung Electronics (+33,9 %) et Chroma ATE (+26,3 %). Les moins bonnes performances ont été celles de Trip.com (-13,3 %), Rainbow Children’s Medicare (-12,7 %), Sungrow Power Supply (-11,2 %), Polycab (-10,0 %) et Mahindra and Mahindra (-9,6 %).
En janvier, nous avons augmenté notre exposition à Samsung Electronics, Suzhou TFC, Ping An Insurance et Trip.com, tout en réduisant notre exposition à Tencent Music et DBS. Nous avons ajouté Kaori Heat Treatment et avons cédé nos positions dans Rainbow Children’s Medicare, Xiaomi et ICBC.
FAITS MARQUANTS ESG DU MOIS
Janvier 2026 a mis en évidence la poursuite de la bifurcation du paysage ESG : les principaux centres financiers asiatiques ont pris des mesures concrètes pour institutionnaliser la publication d’informations climatiques et élargir le champ de l’allocation de capitaux « durables » afin d’y inclure la transition et l’adaptation de l’économie réelle, tandis que les signaux de politique publique occidentaux sont restés contrastés et inégaux.
En Chine, les autorités de régulation ont publié une norme de reporting climatique des entreprises — Corporate Sustainable Disclosure Standard No. 1 – Climate (Trial) — marquant une avancée majeure dans la codification des modalités selon lesquelles les entreprises identifient, mesurent et publient les informations liées au climat. Cette norme est alignée sur le cadre climatique de la Fondation IFRS et vise à permettre la publication d’informations sur les risques, opportunités et impacts climatiques, au service des objectifs de développement vert de la Chine. Sur le plan structurel, elle reprend l’architecture de l’IFRS S2, en articulant les obligations de publication autour des piliers fondamentaux que sont la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques et des opportunités, ainsi que les indicateurs et objectifs.
Hong Kong a avancé en parallèle en annonçant la Hong Kong Taxonomy for Sustainable Finance Phase 2A, qui élargit son système de classification des activités économiques durables sur le plan environnemental afin d’y inclure les activités de transition et d’adaptation au climat, tout en couvrant un ensemble nettement plus large de secteurs et d’activités. En reconnaissant explicitement la transition et l’adaptation, Hong Kong élargit les canaux par lesquels les capitaux peuvent être orientés vers la décarbonation et la préparation aux risques physiques — tout en relevant simultanément les exigences en matière de rigueur probante et de classification défendable.
L’Europe, de son côté, a réaffirmé que l’ESG n’est plus uniquement une question de transparence, mais devient de plus en plus un enjeu de supervision prudentielle. La Banque centrale européenne (BCE) a indiqué qu’elle renforcerait le suivi de la manière dont les banques gèrent les risques climatiques physiques et de la crédibilité effective de leurs plans de transition. Cette position est déterminante, car elle intègre les considérations climatiques au cœur des priorités de supervision — gouvernance, appétit pour le risque, analyses de scénarios et planification du capital — plutôt que de les traiter comme des enjeux périphériques ou purement réputationnels.
Dans ce contexte de renforcement des normes et de durcissement de la supervision, le retrait formel des États-Unis de l’Accord de Paris a envoyé un signal opposé très marqué au niveau fédéral. Si les implications pratiques à court terme pour les obligations des entreprises dépendront des réponses des différentes agences gouvernementales, cette décision accentue la volatilité politique entourant la politique climatique et complique l’alignement international pour les entreprises opérant dans plusieurs juridictions.
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